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La France face aux autres pays : quels nutriments manquent le plus aux femmes ?

Anémie, fer, folates, vitamine D, iode : comment les Françaises se situent par rapport aux femmes de Belgique, de Suisse, du Canada, du Royaume-Uni, d'Allemagne, d'Italie, d'Espagne, des États-Unis et du Japon, et ce que les habitudes alimentaires de chaque pays peuvent expliquer.

Publié le 2026-11-0110 min de lecture

Dans cet article

  • Selon l'OMS, 13,1 % des Françaises de 15 à 49 ans étaient anémiées en 2023, le chiffre le plus bas des dix pays comparés, contre 30,7 % dans le monde
  • Le fer reste le point faible commun à tous ces pays, alors que l'iode et l'acide folique dépendent beaucoup des choix de chaque pays : sel iodé en Suisse, farine enrichie aux États-Unis, au Canada et bientôt au Royaume-Uni
  • Les enquêtes nationales n'utilisent ni les mêmes méthodes ni les mêmes références, donc un écart d'un ou deux points entre pays ne veut pas dire grand-chose

D'après les estimations de l'OMS pour 2023, 13,1 % des femmes de 15 à 49 ans étaient anémiées en France, contre 13,6 % au Royaume-Uni, 14,0 % en Allemagne et au Canada, 15,0 % en Belgique et aux États-Unis, 16,4 % en Italie, 16,6 % en Suisse et 18,7 % au Japon [1,2]. La moyenne mondiale était de 30,7 % [1]. La France fait donc plutôt bonne figure, mais cela ne veut pas dire que le fer ne pose pas de problème ici : dans l'étude Esteban, 20 % des femmes en âge de procréer avaient des réserves en fer épuisées [3]. Le fer est le nutriment qui revient dans tous les pays comparés. Pour l'iode et l'acide folique, en revanche, les différences tiennent beaucoup aux choix de santé publique de chaque pays.


Pourquoi comparer avec prudence ?

Avant de regarder les chiffres, mieux vaut savoir ce qu'ils mesurent. Les enquêtes nationales ne se ressemblent pas.

Certaines, comme Esteban en France, mesurent des marqueurs dans le sang [3]. D'autres, comme IV SCAI en Italie ou ANIBES en Espagne, estiment ce que les gens mangent [4,5]. Les références ne sont pas les mêmes non plus : l'Anses retient 11 à 16 mg de fer par jour pour une femme adulte selon l'abondance des règles [6], l'Italie 18 mg [4], le Japon 10,0 à 10,5 mg [7]. Une même assiette peut donc « suffire » dans un pays et pas dans un autre. Enfin, les années et les tranches d'âge varient.

C'est pour cela qu'on s'appuie d'abord sur un repère commun, l'estimation de l'anémie de l'OMS, puis sur les enquêtes de chaque pays, en gardant en tête qu'elles ne sont pas strictement comparables.


L'anémie, un repère commun

L'OMS définit l'anémie par une hémoglobine inférieure à 120 g/L, ou à 110 g/L pendant la grossesse, et estime sa fréquence pour presque tous les pays à partir d'un modèle statistique [1].

PaysAnémie chez les femmes de 15 à 49 ans (OMS, 2023)Ce que disent les enquêtes nationales
France13,1 %20 % des femmes en âge de procréer avec des réserves en fer épuisées (Esteban 2015) [3]
Royaume-Uni13,6 %farine non complète enrichie en acide folique par la loi à partir de décembre 2026 [8]
Allemagne14,0 %55,9 % des femmes de 18 à 44 ans sous 50 nmol/L de vitamine D (DEGS1) [9] ; 52 % des femmes sous le besoin moyen en iode [10]
Canada14,0 %farine blanche, pâtes enrichies et semoule de maïs enrichies en acide folique depuis 1998 [11]
Belgique15,0 %pas de chiffre sur le fer chez les femmes dans les sources consultées
États-Unis15,0 %17 % des jeunes femmes de 12 à 21 ans avec une ferritine sous 15 µg/L [12]
Espagne15,6 %apport médian en fer de 9,8 mg/j chez les femmes (ANIBES) [5]
Italie16,4 %95 % des femmes de 18 à 64 ans sous la référence italienne de 18 mg de fer (IV SCAI) [4]
Suisse16,6 %sel iodé à 25 mg/kg, utilisé par 86 % des boulangeries [13]
Japon18,7 %apport moyen en fer de 6,3 à 6,6 mg/j chez les femmes de 20 à 49 ans (2024) [14]

(Anémie : Observatoire mondial de la santé de l'OMS, via la Banque mondiale [1,2]. Les autres colonnes viennent d'enquêtes de méthodes et d'années différentes.)

Les écarts entre la France, le Royaume-Uni, l'Allemagne ou le Canada sont faibles, de l'ordre d'un point. Avec un modèle statistique qui comble les années et les pays sans mesure récente [1], il serait imprudent d'en tirer un classement. Le Japon et la Suisse se détachent un peu plus, mais restent très en dessous de la moyenne mondiale.


Le fer, un point faible partagé

Que l'on mesure le sang ou l'assiette, le fer ressort partout. En France, Esteban trouvait 20 % de femmes en âge de procréer avec des réserves épuisées et 7 % d'anémie chez les femmes non ménopausées [3,15]. Aux États-Unis, une analyse de l'enquête nationale NHANES trouvait 17 % de jeunes femmes de 12 à 21 ans avec une ferritine sous 15 µg/L, et 38,6 % avec le seuil plus large de 25 µg/L [12]. En Espagne, seules 17 à 27 % des femmes atteignaient les apports de référence selon le repère utilisé, contre 57 à 77 % des hommes [5]. En Italie, 95 % des femmes de 18 à 64 ans mangeaient moins que la référence de 18 mg [4].

Ce qui change d'un pays à l'autre, ce sont les aliments qui apportent ce fer. En Italie, les céréales en fournissent 34 %, avec le pain et les pâtes en tête, devant la viande [4]. En Espagne, les céréales et la viande arrivent aussi en premier [5]. En France, l'Anses rappelle que le fer le mieux absorbé est celui du foie, de la viande, du poisson et des fruits de mer, et que les tanins du thé réduisent l'absorption du fer des végétaux [16]. Le boudin noir, les moules ou un petit salé aux lentilles appartiennent à cette cuisine du quotidien, mais une alimentation qui laisse moins de place à la viande, comme c'est le cas chez les femmes végétariennes, rend la question plus sensible.

Au Japon, la référence pour le fer est plus basse qu'en Europe, et pourtant l'apport moyen des femmes de 20 à 49 ans, 6,3 à 6,6 mg par jour, reste en dessous [7,14].


L'acide folique, là où les pays font des choix très différents

C'est sans doute le nutriment où la politique de chaque pays pèse le plus.

Aux États-Unis, les produits céréaliers enrichis contiennent 140 µg d'acide folique pour 100 g depuis 1998, et les CDC estiment que la fréquence du spina bifida et de l'anencéphalie a baissé d'environ 28 % [17]. Au Canada, l'enrichissement de la farine blanche, des pâtes enrichies et de la semoule de maïs est obligatoire depuis 1998 aussi [11]. Au Royaume-Uni, la farine de blé non complète sera enrichie par la loi à partir de décembre 2026, à raison de 250 µg pour 100 g, avec une baisse attendue d'environ 20 % des anomalies de fermeture du tube neural [8].

En France, la stratégie repose sur la prescription d'un complément par le médecin ou la sage-femme, idéalement au moins quatre semaines avant la conception [18]. Or, selon l'Enquête nationale périnatale, seules 23,2 % des femmes avaient commencé l'acide folique avant la grossesse en 2016 [19]. Au Canada, une enquête de l'Agence de la santé publique trouvait 57,7 % de femmes ayant pris de l'acide folique avant la grossesse [11]. Les années et les méthodes diffèrent, mais l'écart donne une idée de la marge de progression. Parallèlement, le risque de déficit en folates chez les Françaises de 18 à 49 ans est passé de 7 % en 2006 à 13 % en 2015 [3].


L'iode, une affaire de sel et de lait

L'iode montre bien comment les habitudes de chaque pays comptent. En Suisse, le sel est iodé depuis des décennies, à 25 mg par kilo aujourd'hui, et 86 % des boulangeries utilisent du sel iodé ; le pain y est décrit comme une source majeure d'iode [13]. Malgré cela, le suivi 2020-2022 montre que les femmes enceintes qui ne prennent pas de complément contenant de l'iode n'atteignent pas les apports recommandés [13].

En Allemagne, seuls 9 % du sel utilisé dans les produits transformés étaient iodés selon les dernières études de marché citées par l'OMS Europe [20], et une comparaison européenne des enquêtes nationales trouvait l'apport en iode le plus bas chez les Allemandes, avec 52 % des femmes de 18 à 60 ans sous le besoin moyen [10]. En France, les produits laitiers fournissent environ 20 % de l'iode des adultes [21]. L'OMS Europe s'inquiète du fait que la plupart des boissons végétales ne contiennent pas d'iode, alors que le lait reste une source importante dans de nombreux pays d'Europe de l'Ouest [20].


La vitamine D, une question de latitude

Plus on monte vers le nord, moins le soleil d'hiver permet à la peau de fabriquer de la vitamine D. En Allemagne, l'enquête DEGS1 trouvait 55,9 % des femmes de 18 à 44 ans sous 50 nmol/L, avec des taux nettement plus bas de novembre à avril-mai [9]. En France, Esteban trouvait environ 7 % d'adultes en déficit et un sur quatre à un niveau satisfaisant [3] ; les seuils utilisés ne sont pas les mêmes, ce qui empêche une comparaison directe.

Partout, l'alimentation en apporte peu. Une comparaison des enquêtes européennes conclut que la vitamine D est la seule vitamine pour laquelle les apports alimentaires sont souvent bas [10]. En France, les adultes en consomment en moyenne 3,1 µg par jour, surtout via les produits laitiers et le poisson [22], loin des 15 µg de référence [6].


Ce qu'on peut en retenir pour la France

La France part d'une situation plutôt favorable pour l'anémie, avec une alimentation où les produits laitiers, la viande et le poisson tiennent une place importante. Les points de vigilance sont ailleurs : des réserves en fer souvent basses chez les femmes qui ont leurs règles, un acide folique encore peu commencé avant la grossesse, et un iode qui dépend beaucoup du lait et des produits de la mer. Le détail, aliment par aliment, se trouve dans notre article quels nutriments manquent aux femmes en France.

Si vos règles sont très abondantes, si vous êtes fatiguée depuis longtemps ou si vous pensez à une grossesse, parlez-en à votre médecin traitant, à votre gynécologue ou à votre sage-femme. Une prise de sang dit bien plus qu'une comparaison entre pays.


Questions fréquentes

Q1. La France a le taux d'anémie le plus bas : je n'ai donc pas à m'inquiéter pour le fer ?

Pas forcément. L'estimation de l'OMS porte sur l'anémie, c'est-à-dire l'hémoglobine. Les réserves en fer peuvent être épuisées bien avant : c'était le cas de 20 % des femmes en âge de procréer dans Esteban, alors que 7 % seulement étaient anémiées [3,15]. Votre situation personnelle compte plus que la moyenne nationale.

Q2. Peut-on compter sur le pain pour l'acide folique, comme au Canada ?

Chaque pays fait ses propres choix de santé publique, et les règles d'enrichissement de la farine du Canada ou des États-Unis [11,17] sont propres à ces pays. En France, la recommandation passe par un complément prescrit par le médecin ou la sage-femme, à commencer avant la conception [18]. Si vous envisagez une grossesse, c'est ce complément qu'il faut demander, quelle que soit la politique d'autres pays.

Q3. Si je vis en Belgique, en Suisse ou au Québec, quelles références suivre ?

Celles du pays où vous vivez et de votre médecin. Les références nutritionnelles et l'organisation des soins varient d'un pays à l'autre, comme on le voit avec le fer, dont la référence va de 10 mg au Japon à 18 mg en Italie [4,7].

Q4. Les femmes japonaises manquent-elles plus de fer que les Françaises ?

L'estimation d'anémie de l'OMS est plus élevée au Japon (18,7 %) qu'en France (13,1 %) [2]. Mais les enquêtes nationales des deux pays ne mesurent pas la même chose, l'une l'assiette et l'autre le sang, et les références diffèrent [3,7,14]. Il vaut mieux y voir une tendance qu'une preuve.


Sources

Sources (22)
  1. World Health Organization. Global Health Observatory: Anaemia in women of reproductive age (aged 15-49), prevalence (%). https://www.who.int/data/gho/data/indicators/indicator-details/GHO/prevalence-of-anaemia-in-women-of-reproductive-age-(-)
  2. Banque mondiale. World Development Indicators : Prevalence of anemia among women of reproductive age (% of women ages 15-49), SH.ANM.ALLW.ZS, 2023 (source : Observatoire mondial de la santé de l'OMS). https://data.worldbank.org/indicator/SH.ANM.ALLW.ZS
  3. Santé publique France. Esteban 2014-2016 : chapitre dosages biologiques des vitamines et minéraux, pas de déficit important ou de carence à grande échelle. 6 décembre 2019. https://www.santepubliquefrance.fr/les-actualites/2019/esteban-2014-2016-chapitre-dosages-biologiques-des-vitamines-et-mineraux-pas-de-deficit-important-ou-de-carence-a-grande-echelle
  4. Le Donne C, Ferrari M, Mistura L, et al. The National Food Consumption Survey IV SCAI: Nutrient Intakes and Related Dietary Sources in Italy. Nutrients 2026;18(1):88. https://www.mdpi.com/2072-6643/18/1/88
  5. Samaniego-Vaesken ML, Partearroyo T, Olza J, et al. Iron Intake and Dietary Sources in the Spanish Population: Findings from the ANIBES Study. Nutrients 2017;9(3):203. https://eprints.ucm.es/70191/1/nutrients-09-00203 (1).pdf
  6. Anses. Dietary reference values for vitamins and minerals. 7 mai 2021. https://www.anses.fr/en/article/dietary-reference-values-vitamins-and-minerals
  7. Health Longevity Net (Japan Foundation for Aging and Health). Iron: functions and daily intake, d'après les apports nutritionnels de référence japonais 2025. https://www.tyojyu.or.jp/net/kenkou-tyoju/eiyouso/mineral-tetsu.html
  8. GOV.UK. Folic acid. Mis à jour le 10 juillet 2026. https://www.gov.uk/government/publications/folic-acid/folic-acid
  9. Rabenberg M, Scheidt-Nave C, Busch MA, et al. Vitamin D status among adults in Germany – results from the German Health Interview and Examination Survey for Adults (DEGS1). BMC Public Health 2015;15:641. https://bmcpublichealth.biomedcentral.com/articles/10.1186/s12889-015-2016-7
  10. Mensink GBM, Fletcher R, Gurinovic M, et al. Mapping low intake of micronutrients across Europe. British Journal of Nutrition 2013;110(4):755-773. https://www.cambridge.org/core/journals/british-journal-of-nutrition/article/mapping-low-intake-of-micronutrients-across-europe/3030D01830361125149A3BD9514F5A61
  11. Agence de la santé publique du Canada. Consommation d'acide folique par les femmes au Canada. https://www.canada.ca/fr/sante-publique/services/publications/vie-saine/consommation-acide-folique-femmes-canada.html
  12. Weyand AC, Chaitoff A, Freed GL, et al. Prevalence of Iron Deficiency and Iron-Deficiency Anemia in US Females Aged 12-21 Years, 2003-2020. JAMA 2023;329(24):2191-2193. https://jamanetwork.com/journals/jama/fullarticle/2806540
  13. Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires (OSAV). Sel iodé. https://www.blv.admin.ch/fr/sel-iode
  14. Ministère de la Santé, du Travail et des Affaires sociales du Japon. Enquête nationale sur la santé et la nutrition 2024 (令和6年国民健康・栄養調査報告). https://www.mhlw.go.jp/content/001675212.pdf
  15. Vidal. Attention aux carences en fer et en folates : les messages de l'étude nationale Esteban. 18 décembre 2019. https://www.vidal.fr/actualites/24055-attention-aux-carences-en-fer-et-en-folates-les-messages-de-l-etude-nationale-esteban.html
  16. Anses. Le fer. https://www.anses.fr/fr/content/le-fer
  17. Centers for Disease Control and Prevention. Updated Estimates of Neural Tube Defects Prevented by Mandatory Folic Acid Fortification — United States, 1995–2011. MMWR 2015;64(1):1-5. https://www.cdc.gov/mmwr/preview/mmwrhtml/mm6401a2.htm
  18. Assurance maladie (ameli.fr). Projet de grossesse : vaccinations et médicaments. https://www.ameli.fr/assure/sante/devenir-parent/concevoir-un-enfant/consultation-et-mode-de-vie-en-vue-d-une-grossesse/projet-de-grossesse-vaccinations-et-medicaments
  19. Assemblée nationale. Question écrite n° 35988 (spina bifida et vitamine B9) et réponse du ministère des Solidarités et de la Santé. JO du 2 et du 9 février 2021. https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/15/questions/QANR5L15QE35988.pdf
  20. OMS Bureau régional de l'Europe. People in the WHO European Region at greater risk of iodine deficiency due to changing diets. 28 juin 2024. https://www.who.int/europe/news/item/28-06-2024-people-in-the-who-european-region-at-greater-risk-of-iodine-deficiency-due-to-changing-diets
  21. Anses. Étude individuelle nationale des consommations alimentaires 3 (INCA 3), synthèse. 2017. https://www.anses.fr/fr/system/files/NUT2014SA0234Ra.pdf
  22. Anses. Vitamine D : pourquoi et comment assurer un apport suffisant ? 2 mars 2022. https://www.anses.fr/fr/content/vitamine-d-pourquoi-et-comment-assurer-un-apport-suffisant

Cet article a pour but de fournir une information générale en santé et ne remplace pas un diagnostic ni un traitement médical. En cas de symptômes, consultez un professionnel de santé.

Cet article donne des informations générales et ne remplace pas l'avis d'un médecin ou d'un diététicien.

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